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S’agissant de l’imbroglio sahélien, le Président français aura décidément soufflé le chaud et le froid.

En témoigne sa mise au point fort sèche dans le Journal du dimanche à la suite du coup d’État au Mali… Le deuxième, en quelques mois – on en oublierait presque la présence dans le pays d’une mission de l’ONU, dont le mandat implique entre autres choses la consolidation de l’autorité de l’État.

À en croire Emmanuel Macron, la France retirerait ses troupes du pays si ce dernier « s’enfonçait dans l’islamisme radical. » Une allusion aux tractations envisagées avec certains des groupes djihadistes, contre lesquels la France se bat depuis 2013.

Si ces propos peuvent paraître louables, ils ne résistent guère à l’examen. D’une part, parce que les négociations en sous-main avec certains groupes islamistes ont lieu de longue date, au nez et à la barbe des Français. Lors du sommet de Pau en janvier 2020 un semblant de distinction n’avait-il pas été esquissé entre le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, dont une branche d’Al-Qaïda fait partie) et l’État islamique, accréditant l’hypothèse de discussions avec le premier ? Quoi qu’il en soit, il est patent que sur cette question sulfureuse, Paris s’est toujours cantonné à un relatif quant-à-soi.

Du reste, comment reprocher au Mali de céder aux sirènes des négociations, quand le gouvernement français est le premier à donner le ton ?

Dans l’affaire Sophie Pétronin, ce n’est nul autre que le salafiste Iyad Ag Ghali, chef de file du groupe Ansar Dine affilié au GSIM, qui aurait été l’interlocuteur privilégié. Le tout pour aboutir à la libération de deux cents djihadistes – ceux-là mêmes contre lesquels nos soldats risquent leur vie. Encore n’a-t-on jamais eu le fin mot de l’histoire s’agissant du paiement d’une rançon, l’Algérie ayant soutenu par voie de presse en avoir recouvré une partie.

Ces effets de manche ne dissimulent-ils donc pas le malaise du chef de l’État sur un dossier dont il ne parvient pas à trouver l’issue ? Car entre retrait et maintien sine die, il n’existe pour l’heure aucun dénouement pleinement satisfaisant à l’opération Barkhane, que la France porte à bout de bras depuis 2014.

Quid en effet de la « solidarité européenne », à l’heure où l’éventualité d’un engagement militaire concret aux côtés de la France semble plonger nos voisins dans un insondable embarras ? Quand ils ne nous opposent pas, du reste, une fin de non-recevoir, à l’instar de l’Allemagne qui n’aura daigné rejoindre ni la force spéciale Takuba lancée par la France, ni les combats menés dans le cadre de Barkhane.

Bien sûr, nul, moi moins que quiconque, n’aurait la prétention d’apporter à un dilemme aussi épineux une solution évidente. Mais force est de constater que dans cette affaire comme dans tant d’autres, Emmanuel Macron aura brillé par son inconstance, ternissant au passage le prestige de la France auprès de ses alliés.

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