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Pour Islamabad, le couperet vient de tomber. Le Pakistan restera bien sur la « liste grise » du GAFI, qui porte notamment sur le financement du terrorisme et le blanchiment d’argent. Ainsi, l’intense activité législative déployée, selon le média ANI, pour satisfaire aux critères de l’institution financière en vue de sa session plénière des 21 et 23 octobre, n’aura manifestement pas suffi.

Comment pourrait-il en être autrement quand l’affinité du Pakistan avec le terrorisme islamiste saute aux yeux ? Que ce soit du fait des propos du Premier ministre pakistanais, qui qualifiait dernièrement Oussama Ben Laden de « martyr », ou de l’approbation massive de l’attaque terroriste près des anciens locaux de Charlie Hebdo, à Paris.

Pour l’Union européenne, cette décision restera lettre morte puisque l’inscription sur la liste grise n’a pas empêché le Pakistan de récolter la coquette somme de plus de quatre milliards d’euros depuis 2014, en cumulant l’aide de l’Union et celle des États membres.

Pire, le pays, redoutable concurrent dans le secteur du textile par ailleurs, bénéficie des préférences commerciales généralisées pour l’exportation vers l’Union européenne – facilité accordée par Bruxelles à des États en développement, mais dont le bénéfice peut être retiré en cas de violations des droits de l’Homme par exemple. Ces dernières ne manquent pourtant pas, comme pourrait aisément le confirmer l’infortunée Asia Bibi, persécutée pour un soi-disant « blasphème. »

D’autant plus que les autorités pakistanaises restent inactives face à la déferlante migratoire en provenance de leur pays. En août 2020, le Bureau européen d’appui en matière d’asile notait un nombre « significatif » de demandes émanant de ressortissants pakistanais, ces derniers constituant par ailleurs 8% du contingent de soi-disant mineurs isolés. Quant à la France, elle récoltait en septembre 2020 la peu enviable troisième place pour l’accueil de ces demandeurs.

Ces arrivées massives sont favorisées par une fraude importante, notamment aux visas – une activité dont le Pakistan serait « leader mondial » comme un diplomate britannique ironisait en 2012. Dernièrement, la Bosnie-Herzégovine, qui, à l’exception de la République serbe, est devenue une plaque tournante des flux de migrants vers l’Union européenne, se trouvait au cœur d’un scandale relatif à la vente possible de visas à des ressortissants pakistanais via une de ses ambassades.

On se demande ce qui justifie tant de générosité européenne vis-à-vis d’un Etat qui nous est à ce point antagoniste, a fortiori à l’heure où d’autres pays, notamment en Afrique subsaharienne, ont plus que jamais besoin de notre soutien. Une question que j’ai soulevée dans mon travail parlementaire, et qui revient sur le devant de la scène à la suite de la décision du GAFI

 

Dominique BILDE

Chargée de mission RN54

Député européen et conseillère régionale