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Tribune libre de Dominique Bilde, député français au Parlement européen

« 100 milliards de dollars et probablement plus. » C’est la coquette somme dont, selon le Président rwandais, le continent africain aurait besoin pour faire face au coronavirus cette année. Et de faire un appel du pied à « la France, l’Allemagne, la Chine et les États-Unis. »

Il est loin le temps où l’ancien chef de guerre laissait démolir sans broncher le centre culturel franco-rwandais ou rétrogradait le français au profit de l’anglais dans l’administration et le système éducatif du pays. Déjà en 2018, l’ancien thuriféraire de la langue de Shakespeare avait obtenu gain de cause avec l’élection de sa protégée Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie. Le tout pour que cette dernière fasse en à peine un an quasiment l’unanimité contre elle au sein de l’institution…

Les rodomontades de l’ennemi héréditaire de la France, qu’il accusa un temps de responsabilité dans le génocide rwandais, auront donc fait long feu face à l’espoir d’espèces sonnantes et trébuchantes. Force est de constater par ailleurs que son petit pays, un temps vanté comme le « tigre » de l’Afrique subsaharienne – en référence au miracle économique de l’Asie du Sud-Est – n’était en vérité qu’un tigre de papier.

Que dire, sur le fond, de ces appels à la générosité occidentale ? On ne saurait occulter les difficultés persistantes d’un continent reposant sur l’économie informelle ou bien sur des revenus pétroliers en berne. L’avenir seul permettra toutefois de déterminer si les prévisions alarmistes de perte de près de la moitié des emplois sont justifiées.

On ne peut néanmoins qu’être interpellé par le double discours du président rwandais et avec lui de l’essentiel du continent. Ainsi, alors que les États africains ont pendant près de deux décennies déroulé le tapis rouge à des entreprises chinoises voraces pour des projets parfois hasardeux, s’enfermant au passage dans le piège de la dette, c’est l’Union européenne, première donatrice du continent, qui se voit encore une fois sommée de mettre la main au portefeuille. 15 milliards d’euros iront aux pays les plus vulnérables, particulièrement à l’Afrique.

S’apprêterait-on ainsi à travailler à nouveau pour le roi de Prusse, ou plutôt pour l’Empereur de Chine ? Certains événements tendent en effet à démontrer que rien n’a changé. Par exemple, tandis que l’administration américaine dénonçait en février la construction par la Chine du futur siège des Centres de contrôle et de prévention des maladies d’Afrique en Éthiopie sur fond de risque de pillage des données par l’Empire du Milieu, l’Union européenne annonçait elle allègrement le 8 avril une collaboration avec ces mêmes centres, pour un montant de cinq millions d’euros. Naïveté ou inconscience ? En 2018 déjà, une salle de conférence des fameux centres aurait été discrètement équipée de matériel d’espionnage par la Chine…

De même que sur la scène internationale, l’Union reste bien timorée dans sa dénonciation de la responsabilité chinoise dans la pandémie, elle risque donc à nouveau de se faire damer le pion et de rester pour des années encore l’idiote utile de la Chine en Afrique.

Il est urgent de renouer avec une diplomatie de bon sens, qui privilégie les nôtres avant les autres et conditionne notre soutien financier à de réels dividendes politiques.