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L’occasion fait le larron. Alors que la cokerie de Serémange-Erzange était sur la sellette à horizon 2022, la crise du coronavirus offre à l’Indien ArcelorMittal l’occasion rêvée de tirer le rideau en toute discrétion.
Il est vrai que les rumeurs sur le devenir du site n’avaient eu de cesse d’enfler. Ses jours étaient comptés depuis la fermeture, définitive en 2018, des hauts-fourneaux de Florange. La seule alimentation de Dunkerque s’était avérée un débouché trop étriqué, et le rachat probable de l’aciérie italienne Ilva n’aura pas davantage suffi à justifier la pérennité du site mosellan.A ces arides considérations matérielles sont venus opportunément se greffer de plus nobles arguments : c’est-à-dire la réduction des émissions de CO2 de 30 % en 2030, en cohérence avec les objectifs européens.Le « greenwashing », en d’autres termes, le recours fallacieux à des prétextes écologiques, atteint là le summum du cynisme en hypothéquant l’avenir de quelque 250 salariés.En outre, la crise du coronavirus aura permis d’accélérer le tempo en accoutumant les salariés comme l’opinion à la mise à l’arrêt de la cokerie. Certes, la fermeture provisoire du groupe dans le Grand Est ne se discute pas, au regard de la situation sanitaire dramatique de la région. A Florange, on déplore d’ailleurs un cas de contamination, la victime ayant dû être transportée d’urgence en réanimation.Il est toutefois beaucoup plus contestable de profiter d’un tel drame pour préparer, en catimini, le terrain à une énième casse sociale. D’autant que le sulfureux magnat indien n’en est pas à son coup d’essai. N’avait-il pas pris, en 2012, l’engagement de redémarrer les hauts-fourneaux de Florange ?  Six ans plus tard, ce fleuron industriel lorrain connaissait in fine le même sort qu’à Gandrange, où les rodomontades d’un Nicolas Sarkozy avaient fait chou blanc.Plus avant, ce triste épilogue souligne le bilan calamiteux des politiques européennes, entre diktats environnementaux favorisant in fine nos concurrents – au premier chef desquels la Chine-  et soutien à des multinationales rapaces. Malgré un passif pour le moins contestable, ArcelorMittal avait par exemple bénéficié en 2017 d’un généreux contrat de financement de 350 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement.Au-delà de la tragédie, le coronavirus doit ainsi servir de mise en garde : à l’évidence, le retour au bon sens, et en particulier aux frontières nationales et au patriotisme industriel, est un impératif aussi bien économique, que sanitaire et social.

[1] https://tout-metz.com/fermeture-definitive-hauts-fourneaux-florange-2019-9489.php

[2] https://www.wort.lu/fr/economie/un-pas-vers-le-rachat-d-ilva-par-arcelormittal-5e5fd563da2cc1784e3578ce

[3] https://www.republicain-lorrain.fr/edition-metz-et-agglomeration/2020/03/18/info-rl-arcelormittal-un-haut-fourneau-de-dunkerque-en-sommeil-la-cokerie-de-seremange-bientot-fermee

[4] https://france.arcelormittal.com/news/2017/mar/le-groupe-arcelormittal-et-la-banque-europeenne.aspx