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« Des résultats tangibles » : c’est en ces termes, et avec le plus grand sérieux, que la Commission européenne a qualifié hier l’évolution de la situation en Albanie et en Macédoine du Nord. Ce satisfecit, inscrit dans une mise à jour du rapport annuel sur chacun de ces pays, vise à entériner définitivement l’ouverture des négociations d’adhésion au sommet européen de Zagreb. Exit donc, l’éventualité d’un bloc d’opposition autour de la France, du Danemark et des Pays-Bas, similaire à celui qui s’était constitué en octobre. Et, pour avoir raison de toute réticence de dernière minute, la Commission européenne n’a visiblement ménagé ni ses efforts, ni sa capacité d’autosuggestion.
Car l’évocation de ces prétendus « résultats » suffit à plonger dans un abîme de perplexité quiconque qui, comme moi, a suivi l’itinéraire de ces deux petits États balkaniques, depuis que le sommet de Thessalonique leur fit, en 2003, miroiter le graal de l’accession à l’Union européenne. Avec comme lot de consolation en attendant le sésame promis, de juteux fonds de préadhésion : 1,24 milliard d’euros pour l’Albanie et 1,23 milliard pour la Macédoine du Nord entre 2007 et 2020.
Au contraire, une lecture cursive de l’actualité aura tôt fait de démontrer une régression flagrante en matière de libertés civiles et politiques en Albanie, couplée à une désespérante stagnation économique. La virulence de la riposte gouvernementale contre les manifestations de l’opposition albanaise n’avait, par exemple, que peu à envier à celle opposée aux gilets jaunes en France. Et les lois liberticides du pays sur la liberté de la presse comme les élections bâclées de juin 2019 ont brisé les dernières illusions quant à sa transition vers la démocratie.
Quant à la corruption, l’Albanie et la Macédoine du Nord campaient en janvier 2020 à la dernière place du classement de Transparency International pour les États membres et candidats à l’Union- l’ancien fief d’Enver Hoxha ayant chuté de 23 places en seulement trois ans !
Du reste, cette marche forcée vers l’élargissement intervient alors que la légendaire poudrière des Balkans semble à deux doigts de l’étincelle. Alors que les relations serbo-kosovares restent au point mort, le Monténégro dépossède de ses biens l’Église orthodoxe serbe dans l’indifférence générale. En Bosnie-Herzégovine, une loi foncière vexatoire pourrait constituer pour les Serbes la provocation de trop.
Une dégradation à laquelle l’Union n’est d’ailleurs pas étrangère, la course à l’adhésion ayant de toute évidence servi de révélateur à des antagonismes nationaux et religieux séculaires. Reste qu’alors que le Brexit la prive d’un contributeur financier important, ce énième élargissement à des États économiquement fragiles n’offre que des perspectives bien moroses : celle d’une Europe appauvrie, balayée par une déferlante migratoire entretenue sciemment par le sultan Erogan, qui continue d’engranger le soutien financier de l’Union.

Dominique BILDE – député européen Identité & Démocratie